Incendie mortel dans un centre commercial en Russie : une tragédie rendue possible par l’amateurisme et le mépris des règles

Incendie mortel dans un centre commercial à Kemerovo en Russie @lefilfrancorussIncendie mortel dans un centre commercial à Kemerovo en Russie : les premiers bilans montrent une tragédie de grande ampleur. Dans cette ville de 500 000 habitants située en plein cœur de la Sibérie, 64 personnes sont mortes dans l’incendie du centre commercial Zimnaya Vishnya dimanche le 25 mars dans l’après-midi. Dont plusieurs dizaines d’enfants qui assistaient à des séances de cinéma dans les salles situées à l’étage dédié aux loisirs, lieu de départ du feu. Encore 15 personnes étaient toujours portées disparues trente-six heures après le drame.

Les premiers constats officiels pointent plusieurs anomalies. Aucun dispositif de sécurité anti-incendie ne s’est déclenché dans le centre lorsque le feu à commencé à se propager librement à travers le niveau. Pourtant le bâtiment construit en 2013, en était pourvu. Ces dispositifs devaient subir des contrôles réguliers mais la direction a trouvé une astuce : le centre commercial de 19 000 m² a été déclaré… « petite entreprise » et à ce titre bénéficiait de la dispense des contrôles depuis 2016.

Selon la police, les vigiles du centre commercial avaient déconnecté l’alarme incendie car elle se déclenchait de manière intempestive.

La plupart des victimes dont les enfants, se sont retrouvées piégées dans les salles de cinéma. Selon les témoins, toutes les issues de secours étaient verrouillées les empêchant de s’enfuir. Une pratique fréquente en Russie, par laquelle la direction de ce type de lieux cherche à empêcher des intrusions.

Incendie mortel dans un centre commercial à Kemerovo en Russie @lefilfrancorussLe feu s’était propagé très vite à cause d’un grand nombre de décorations en plastique. Nombre de victimes identifiées ont succombé dans les couloirs sans pouvoir trouver la sortie à travers la fumée. Au cœur de l’incendie le toit du bâtiment s’était écroulé scellant le sort de ceux qui se trouvaient dans les étages supérieurs.

La recherche des responsabilités s’avère compliquée. Les propriétaires du centre commercial sont cachés derrière des sociétés-gigognes, ces « poupées russes » que les entrepreneurs locaux affectionnent. La directrice du centre a été arrêtée par la police. Selon les médias locaux, elle n’était pas décisionnaire mais recevait ses ordres de Denis Chtengelov, un riche homme d’affaires local qui a fait sa fortune dans la confiserie. Il a bâti le centre commercial à la place de l’une de ses anciennes usines de confiserie afin d’améliorer le rendement du terrain. Mais l’homme d’affaires de Kemerovo réside en Australie, pas sûr qu’il accepte de rentrer pour s’expliquer sachant que la justice pressée risque d’en faire le bouc émissaire sans se préoccuper des détails.

« Partout dans les régions nous avons des centres commerciaux comme celui de Kemerovo, semblables à des torches prêtes à être allumées »,

prévient un expert du ministère des Urgences russe interrogé dans la presse. Bon nombre de centres commerciaux dans les régions sont opérés par des entités locales éloignées de ce business, gérés avec un manque de professionnalisme et un mépris certain des règles de sécurité. Seules les enseignes nationales de centres commerciaux, à fortiori celles dirigées par des managers occidentaux, sont en mesure d’offrir aux marques des conditions de sécurité comparables aux standards mondiaux.