Entre le thé et la vodka : le ministre de l’Economie russe arrêté pour corruption

ministre de l'Economie russe arrêté pour corruption

Alekseï Ouliukaev, ministre de l’Economie russe a été arrêté le 15 novembre 2016 en flagrant délit de corruption. On lui reproche d’avoir touché 2 millions de dollars en liquide pour avoir donné son accord pour la prise de contrôle du pétrolier Bashneft par le pétrolier Rosneft. Les milieux économiques russes sont choqués. Alexandre Shokhine, président de l’Union des industriels et entrepreneurs russes, équivalent local du Medef, trouve l’accusation ridicule :

« Si l’on avait accusé Ouliukaev d’avoir écraser une vielle dame en roulant trop vite la nuit au volant de son 4×4, ca aurait été plus crédible que cette histoire de pot de vin. D’ailleurs l’entreprise été vendue exactement au prix du marché, quel besoin d’en passer par la corruption ? »

L’accusation laisse songeur. La somme de deux millions de dollars pour une signature correspond à la fourchette basse des tarifs pratiqués par les membres du gouvernement et les hauts responsables russes. Les pots de vin se chiffrent plus souvent en dizaines de millions de dollars, dès lors qu’il y a un enjeu. Or ici l’enjeu manquait : les deux entreprises ont le même actionnaire. La société Rosneft appartient à 69,5% à l’Etat russe. Le capital de Bashneft appartient à 71% à l’Etat russe qui l’avait confisqué à son propriétaire Vladimir Evtushenko en 2014. Comme le Fil Franco-Russe l’avait déjà raconté, l’homme d’affaires a été arrêté et ensuite assigné à résidence pendant plusieurs mois sous le coup d’une accusation douteuse, jusqu’à ce qu’il se décide, spontanément et de son plein gré, d’offrir ses actions de Bashneft à l’Etat sans aucune contrepartie. La vente d’une entreprise à l’autre visait à masquer une privatisation ratée : Rosneft et Bashneft étaient toutes les deux proposées sur le marché en 2016 mais l’opération a échoué faute de candidats.
Pourquoi une opération se résumant à un jeu d’écritures dans la comptabilité publique a-t-elle provoqué un tel déchainement ? La logique économique est ici tenue en échec. En Russie celui qui gère une entreprise publique, devient le principal bénéficiaire en personne de ses ressources, il les redistribue comme bon lui semble y compris à lui-même, et n’a de comptes à rendre à personne. Ces dirigeants se comportent non comme des gestionnaires mais comme des seigneurs dans leur fief, des champarts et des banalités circulent en tout sens. Et par ailleurs aucune transaction impliquant des biens publiques et des hauts responsables politiques, ne peut se passer du transfert de fortes sommes d’argent liquide. Dans la vie économique des Russes la corruption occupe une place de premier choix, quelque part entre la vodka et le thé rituel. Ce n’est pas Alekseï Ouliukaev qui a créé cette situation malsaine, ses réponses à l’instruction risquent de paraitre incomplètes.